Chirurgie intime : "Mon mari flotte" PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 27 Juillet 2010 08:37
Si l’excision est farouchement combattue de nos jours, c’est en raison de ses conséquences fâcheuses pour la femme. Mais avec les progrès de la médecine, les spécialistes peuvent procéder à une réparation des séquelles des mutilations génitales féminines (MGF) et d’autres maux tels que la béance vulvaire afin de permettre aux victimes de retrouver la plénitude de leurs organes génitaux. Et pas besoin d’aller hors du Burkina Faso pour recourir à cette opération.

Sur place à Ouagadougou, la chirurgie intime est possible. Depuis mi-juillet et ce, pour deux semaines, elle est en marche au Centre médical avec antenne chirurgicale (CMA) du secteur 30, précisément au service du Dr Charlemagne Ouédraogo, appuyé pour la circonstance par le Dr Sébastien Mazdou, dans le cadre d’une collaboration avec le Centre hospitalier universitaire d’Angers (CHU) en France. Visite guidée dans l’intimité des femmes en quête d’une identité sexuelle et génitale perdue par suite d’une pratique traditionnelle néfaste.

Lundi 19 juillet 2010. Service de gynécologie obstétricale du CMA du secteur 30 de Ouagadougou. Nous y avons rendez-vous avec le Dr Charlemagne Ouédraogo. Son bureau est bondé de dames venues soit pour le suivi d’une grossesse, soit pour des affections gynécologiques. Après une vingtaine de minutes d’attente, Dr Ouédraogo prend momentanément congé de ses patientes pour nous recevoir et nous conduire chez ses collègues dans un bâtiment à côté. Dans le couloir, de nombreuses femmes attendent d’être reçues par le Dr Sébastien Mazdou et Sophie Fressard du CHU d’Angers, venus à Ouagadougou dans le cadre d’une collaboration en vue de la réparation des séquelles de l’excision.

En attendant de rencontrer les deux médecins français, Dr Charlemagne Ouédraogo, notre compatriote, nous fait des récits de vie de victimes d’excision. "Je reçois souvent des appels téléphoniques de dames qui me racontent les souffrances qu’elles vivent par suite des conséquences des MGF. Ce sont des femmes meurtries et complexées parce qu’elles ont perdu leur identité sexuelle et génitale depuis le jeune âge. Alors, elles souhaitent qu’on les aide à retrouver leur plénitude. Quand elles sentent que je leur prête une oreille attentive, elles font le déplacement pour me rencontrer". Et elles trouvent satisfaction, puisque, depuis 2006, il est organisé chaque année, au CMA du secteur 30, deux campagnes de chirurgie intime qui ont permis à ce jour d’opérer plus de 200 victimes de l’excision. Le succès est tel que des patientes viennent d’autres pays tels que l’Ethiopie, le Kenya, la Côte d’Ivoire. "J’ai même reçu une d’Arabie Saoudite", indique notre interlocuteur.

Mode opératoire

Comment peut-on reconstituer le clitoris quand on sait que les exciseuses raclent parfois tout, comme on le dit ? C’est sans doute la question que beaucoup se posent. Dr Charlemagne Ouédraogo : "Le clitoris, sur le plan anatomique, a une longueur de 8 à 10 cm. Les exciseuses enlèvent en réalité la partie visible et extérieure, longue de 2 à 3 cm. Il reste une autre partie, qui est le corps du clitoris, enfoui à l’intérieur du tissu mou et recouvert par la fibrose laissée par l’excision. Le but de la reconstruction, c’est d’enlever toutes les cicatrices laissées par la mutilation génitale et de suivre le trajet anatomique pour aller rechercher le corps du clitoris qui est à l’intérieur, de le décoller progressivement pour le fixer à son emplacement initial. Le clitoris remis en place va se recouvrir d’un film cutané et fonctionnel, et la patiente retrouvera son équilibre psychique.

Le clitoris original est ainsi rétabli dans ses états. C’est comme la queue d’un animal : même quand on la coupe, il reste toujours une queue cachée. Ce n’est donc pas un morceau de chair qu’on vient greffer comme clitoris. L’intervention nécessite une technique particulière pour ramener cette partie du clitoris tout en préservant sa vascularisation et son innervation". Après l’opération chirurgicale, la patiente a deux mois pour que la plaie se cicatrice, et pendant tout ce temps elle est interdite de rapports sexuels. "C’est pourquoi, a indiqué le Dr Sébastien Madzou, nous demandons à celles qui ne se présentent pas avec leurs conjoints si ceux-ci ont donné leur accord pour la reconstruction du clitoris". "Nous ne voulons pas perturber l’équilibre du foyer, a poursuivi le Dr Charlemagne Ouédraogo. Il faut donc que la patiente dise si son mari est d’accord, parce qu’elle doit faire des mois d’abstentinence". "Dans tous les cas, conclut le Dr Madzou, il y a d’autres petites recettes pour se satisfaire sexuellement. Donc, ça ne doit pas poser de problème".

L’orgasme de la femme est à plusieurs niveaux

Attention ! prévient le spécialiste burkinabè : "Reconstruire le clitoris ne signifie pas procurer à la femme l’orgasme en cascades. Mieux vaut avoir un clitoris que de ne pas en avoir parce qu’il peut procurer un certain nombre de satisfactions sexuelles. Mais la satisfaction sexuelle est la résultante de plusieurs choses : l’homme, la femme et l’environnement. Il y a des femmes qui ne sont pas excisées mais qui n’ont jamais connu d’orgasme, parce que celui qui est en face n’a pas de répondant ou a une éducation rigide, ou bien parce que l’environnement n’est pas du tout adapté.

C’est pourquoi avant toute intervention, l’équipe médicale, lors de la consultation, cherche à savoir les autres causes d’insatisfaction sexuelle pour essayer de les corriger avant d’en venir à la reconstruction du clitoris. Cela, parce que s’il y a d’autres facteurs majeurs d’insatisfaction sexuelle, la patiente peut revenir dire qu’elle n’est pas satisfaite". Cela dit, le clitoris, lorsqu’il est bien sollicité dans un contexte favorable, procure beaucoup plus de plaisir sexuel. Cependant, précisent les spécialistes, toutes les femmes n’atteignent pas l’orgasme par le clitoris. "Certaines sont clitoridiennes, vaginales, vulvaires, d’autres peuvent trouver la satisfaction au niveau des seins ou même du regard". Par conséquent, l’idée selon laquelle le clitoris rend la femme avide de sexe est saugrenue.

Exit donc cet argument, sur lequel on se fonde pour exciser les jeunes filles. "Même quand on est une fille clitoridienne, on peut, par l’éducation, développer d’autres zones érogènes et atteindre l’orgasme surtout lorsque le partenaire est très entreprenant. Nous expliquons cela aux femmes pour éviter qu’après la reconstruction du clitoris elles viennent nous dire qu’elles ne sont toujours pas satisfaites". La réparation de cet organe sexuel ne vise pas seulement le plaisir sexuel mais se veut une opération qui va permettre à la femme de briser un sentiment de complexe qui l’anime du fait de l’excision. "Il y a des sexagénaires qui demandent à subir l’intervention. Une d’entre elles m’a dit qu’elle veut simplement retrouver son intégrité. Cette dame ne cherche pas le plaisir sexuel à 60 ans mais veut mourir entière", relate le Dr Ouédraogo.

C’est aussi une opportunité pour découvrir d’autres maux dont souffrent beaucoup de femmes, comme les pertes urinaires d’effort, la béance vulvaire suite à plusieurs accouchements et les vagins fermés qui nécessitent une ouverture. La campagne de reconstruction du clitoris se mène en collaboration avec le CHU d’Angers ; ce qui réduit le coût des interventions. "Néanmoins, il y a des patientes qui n’arrivent pas à honorer les frais subventionnés, lesquels s’élèvent à 10 000 FCFA. C’est le lieu de lancer un appel aux ONG à soutenir cette initiative pour permettre à beaucoup de femmes d’accéder à cette chirurgie réparatrice. Déjà, le Lion’s Club Ouaga Karité s’est engagé à apporter une contribution financière, et l’ONG ASMADE, partenaire du district, prend en charge les frais de communiqué sur la campagne". Des exemples à suivre pour sauver de nombreuses victimes qui souffrent silencieusement.

Adama Ouédraogo Damiss
 
L'observateur Paalga
 
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