BAGARRE ENTRE LA CAMEG ET LES GROSSISTES PRIVES : Enquête sur une affaire de gros sous ! PDF Imprimer Envoyer
Jeudi, 24 Juin 2010 07:51

La distribution des médicaments au Burkina est, à la fois, un secteur très porteur et un univers fermé. Si fermé que ceux qui s’y sont essayés et qui n’avaient pas les reins solides y ont laissé des plumes. Les chiffres d’affaires s’y expriment en centaines de millions, voire en milliards de francs CFA. Ce secteur recouvre donc d’énormes enjeux sociopolitiques et économiques.

Mais les enjeux économiques semblent avoir pris le dessus sur ceux sociaux, bien que tous les acteurs se défendent d’avoir pour principale mission de contribuer à l’accès des populations à des médicaments de qualité et à moindres coûts. Ainsi, une longue bataille oppose des grossistes privés au ministère de la Santé et à la Centrale d’achat des médicaments essentiels génériques (CAMEG).

Les premiers accusent le ministère de protéger des intérêts particuliers et inavoués en accordant un monopole de fait à la CAMEG pour l’approvisionnement des hôpitaux nationaux, régionaux et des districts sanitaires en médicaments essentiels génériques (MEG), en consommables médicaux, en petits matériels médicaux et en réactifs de laboratoires. Ce monopole constitue, à leurs yeux, une violation flagrante de la loi portant liberté de la concurrence et une entrave à l’accès des populations aux médicaments à moindres coûts. L’affaire remonte à l’an 2000. Faute de terrain d’entente, elle a été finalement portée devant la Commission de l’UEMOA.

Le Président Blaise Compaoré est interpellé par une lettre du Docteur Bindi Ouoba, pharmacien et associé du projet Pharma Danica-Burkina sur la décision de ses partenaires danois de mettre fin audit projet du fait des pratiques anticoncurrentielles et au monopole de fait instaurés par le gouvernement, notamment le ministère de la Santé et celui de l’Economie et des Finances au profit de la CAMEG. L’affaire fait tilt et le président du Faso décide de tirer les choses au clair. Dès le 5 février 2003, soit seulement une semaine après, par lettre N°2003-047/PRES/CAB, le directeur de cabinet du président du Faso, sur instruction de celui-ci, transmettait la lettre du Dr Bindi Ouoba au ministre du Commerce, lui enjoignant de trouver une solution appropriée afin de créer les meilleures conditions d’accès des populations burkinabè aux médicaments essentiels génériques. Mais le ministre n’a pas fait montre de la même diligence. Il a fallu attendre deux mois plus tard, le 16 avril 2003, pour voir la réaction du ministre du Commerce. Le Secrétaire général dudit ministère saisit alors la Commission nationale de la concurrence et de la consommation (CNCC) pour recueillir son avis sur le dossier.

Se fondant sur la loi N°15/ADP du 5 mai 1994, la Commission tranche en faveur du Dr Bindi Ouoba et conclut que les lettres circulaires et l’arrêté du ministère de la Santé constituaient des pratiques anticoncurrentielles. L’affaire semblait donc pliée. Mais erreur ! L’avis favorable de la commission nationale de la concurrence n’a rien changé. Dr Bindi Ouoba n’aura jamais gain de cause. Pharma Danica-Burkina a aujourd’hui disparu du secteur. Criblée de dettes, la société a été mise en liquidation en fin 2003 et rachetée par la société Distribution pharmaceutique du Burkina Faso (DPBF) ex-SOCOPHARM (Société de conditionnement des produits pharmaceutiques).

« Trop, c’est trop ! »

Ainsi naquit un bras de fer qui dure depuis bientôt dix ans. Et les parties restent toujours campées sur leurs positions. A l’origine, se trouve le ministère de la Santé qui, par lettres circulaires et arrêtés, a décidé d’attribuer à la CAMEG l’exclusivité du marché public (centres hospitaliers, districts sanitaires, etc.). Ces circulaires seraient la résultante de la convention qui lie la CAMEG au gouvernement burkinabè. En effet, au terme de la lettre circulaire interministérielle N°1993/MEF/MS, « la CAMEG est la structure agréée pour la distribution dans les formations sanitaires publiques en produits pharmaceutiques au vu de la convention entre le gouvernement et la CAMEG (…) Les centres hospitaliers nationaux (Ndlr : actuels Centres hospitaliers universitaires Yalgado Ouédraogo et Charles De Gaule de Ouagadougou, Sanou Sourou de Bobo Dioulasso) et régionaux devront s’approvisionner en médicaments essentiels génériques, en consommables médicaux, en petits matériels et en réactifs de laboratoire, exclusivement à la CAMEG ».

Il y a aussi celle N°1992/MS/CAB du ministre de la Santé en date du 12 octobre 2000, l’arrêté N°2001-02050/MS/CAB du 21 novembre 2001, la convention signée entre le gouvernement et la CAMEG le 4 août 2000. Toute cette armada de textes réglementaires et administratifs vise un seul et même objectif : enjoindre tout directeur régional de la santé et tout médecin-chef de district sanitaire de ne s’approvisionner en MEG, dispositifs médicaux et réactifs de laboratoire qu’à la CAMEG. Les sociétés privées, réunies au sein de l’Union des distributeurs des biens de santé (UDISAB), adressent un mémorandum aux ministres de la Santé et du Commerce pour dénoncer ce monopole et relever ses inconvénients. Mais leur requête n’a pas obtenu de suite favorable. Dr Bindi Ouoba se résout alors à interpeller le président du Faso en personne. L’avis favorable de la Commission de la concurrence et de la consommation qu’il a obtenu s’est révélé, un coup d’épée dans l’eau, donc qui n’a rien changé. Bien au contraire ! Le 25 juin 2003, le ministère de la Santé récidive en se fendant de la lettre circulaire N°2003-1853/MS/SG/DEP, entonnant toujours la même trompette d’injonction. Comme pour tout couronner, le 13 octobre 2003, l’Etat accorde une exemption de droits et taxes à l’importation à la CAMEG.

« Trop, c’est trop », s’écrient certaines sociétés privées de distribution pharmaceutique, notamment DPBF, Faso Galien et Multi M. Constatant que « par des mesures réglementaires, l’Etat burkinabè entrave de façon tout à fait persistante et récurrente, durant bientôt dix ans, le libre jeu de la concurrence sur le marché des biens et produits sanitaires divers (médicaments essentiels génériques, consommables médicaux, réactifs de laboratoire, petits matériels, etc.) », elles ont décidé de saisir, à nouveau, la CNCC, par l’entremise d’un avocat, Me Mamadou Traoré.

Le 14 juin 2004, les trois sociétés portent plainte contre le ministère de la Santé et la CAMEG devant la CNCC pour « pratiques anticoncurrentielles et restrictives de la concurrence ». Elles motivent leur plainte par le fait que « ce monopole accordé à la CAMEG en toute illégalité emporte d’énormes conséquences. La CAMEG, à elle seule, n’est pas à même d’assurer un approvisionnement continu et complet du marché des produits pharmaceutiques ». Pour les plaignants, le monopole est « une décision gravissime contre la sécurité médicale » et va à l’encontre « des engagements internationaux du Burkina Faso en matière de libéralisation du commerce ». C’est « une atteinte intolérable à l’initiative privée dans la commercialisation des biens de santé ». Ils sollicitent de la CNCC qu’elle donne son avis sur les faits incriminés, ordonne « qu’il soit mis fin à ces pratiques néfastes organisées au profit de la CAMEG » et « une large publication de sa décision aux frais des contrevenants ».

Du côté du ministère de la Santé et de la CAMEG, c’est l’ex-Bâtonnier, Me Harouna Sawadogo qui assure la défense de leurs intérêts. Dans leur mémoire en défense adressé à la CNCC en novembre 2004, il ressort que la CAMEG a été investie par l’Etat d’une mission de service public (voir encadré : « la CAMEG du projet à l’Association »). Selon eux, le ministère a pour mission de veiller à ce que les populations burkinabè, sur toute l’étendue du territoire national, aient accès aux médicaments moins chers, de qualité conforme aux normes nationales et internationales. C’est au nom de cette mission que le ministère s’est doté d’un instrument qu’est la CAMEG, à travers la convention d’août 2000. Les lettres circulaires et arrêtés querellés participeraient du souci des autorités burkinabè de s’assurer de l’effectivité du droit des populations aux soins de santé. Pour la partie gouvernementale, « c’est donc une mauvaise querelle que les plaignants engagent contre la CAMEG ou le ministère de la Santé qui est le garant de la bonne exécution de la politique sanitaire ». Il ne s’agirait que des mesures administratives destinées à rendre opérationnelle et efficace cette politique sanitaire.

Les faits reprochés au ministère ne sauraient, de leur point de vue, être qualifiés de pratiques anticoncurrentielles. Mieux, leur avocat estime que la requête des plaignants ne relève pas de la compétence de la CNCC mais des tribunaux administratifs. Aussi, demandent-ils à la commission de se déclarer incompétente, de débouter les plaignants.

24 mars 2005. L’avocat des plaignants adresse à la commission, un mémoire additionnel, en soutenant que, non seulement, le ministère de la Santé et la CAMEG sont coupables de violations flagrantes et répétées de la loi burkinabè sur la concurrence, mais portent atteinte aux dispositions du droit communautaire de l’UEMOA en la matière, notamment le traité et le règlement N°02/2002/CM/UEMOA qui font interdiction aux Etats membres d’appliquer, « à l’égard des partenaires commerciaux, des conditions inégales à des prestations équivalentes, en leur infligeant, de ce fait, un désavantage dans la concurrence ».

Aux actes administratifs et à la convention, Me Traoré ajoute l’exonération totale « de tous droits et taxes aux importations des médicaments essentiels génériques, des consommables médicaux, du matériel médical et des réactifs de laboratoire » qui est constitutif d’une aide publique illégale accordée à la CAMEG. En ce qui concerne la compétence de la CNCC, l’avocat rappelle, au bon souvenir de ses contradicteurs, l’avis de la même CNCC en 2003 (cité plus haut) suite à la saisine du ministère du Commerce. Se fondant également sur la loi N°033-2001/AN du 4 décembre 2001 portant modification de celle N°15/ADP du 5 mai 1994, donnant à la CNCC un pouvoir de décision à caractère contraignant, il réaffirme sa requête de mettre « fin aux pratiques néfastes faussant le libre jeu de la concurrence ».

Une gestion équivoque des ruptures

Il a fallu attendre près de trois ans après pour que la commission rende sa décision. Le 7 février 2008, tout en reconnaissant l’existence d’aide publique à la CAMEG, la CNCC s’est déclarée incompétente au motif que les faits incriminés relèvent de la compétence de la Commission de l’UEMOA, garante du respect du droit communautaire depuis son entrée en vigueur en 2002.

Les sociétés privées venaient donc de perdre la bataille devant la CNCC. Mais elles n’en démordent pas pour autant. Entre-temps, l’une des trois sociétés, en l’occurrence Faso Galien, battait de l’aile et s’est retrouvée en situation presque de faillite. Les deux autres décident de poursuivre le dossier. Elles changent d’avocat et s’attachent les services de Me Batibié Benao du cabinet Mamadou Savadogo. Ils introduisent leur requête auprès de la Commission de l’UEMOA, le 6 avril 2010. Le 20 avril 2010, la Commission juge la demande recevable, et s’engage à la notifier à l’Etat burkinabè pour « respecter le principe du contradictoire ».

L’Affaire est à nouveau relancée. Après tant de péripéties, le contentieux demeure en l’état. Mais pourquoi tant d’efforts ? Soit pour maintenir un protectionnisme inopérant et sources de tensions inutiles, soit pour obtenir l’ouverture du marché public au privé ? Tous prétendent agir pour créer les conditions d’une meilleure accessibilité des populations à des médicaments de qualité et à moindres coûts. En même temps, chaque partie accuse l’autre de défendre des intérêts particuliers au détriment de la santé publique.

Pour le Directeur général de la pharmacie, du médicament et des laboratoires, Dr Mahamadou Compaoré, « il ne devrait pas y avoir de rapports de concurrence entre la CAMEG et les grossistes privés mais plutôt des relations de complémentarité. Il y a deux circuits de distributions des médicaments au Burkina Faso : le circuit public et celui privé. Le circuit public relève de la CAMEG qui a pour mission d’importer des médicaments génériques et de les distribuer dans les structures de soins afin de rapprocher le médicament des usagers, à travers ce que l’on appelle les dépôts MEG gérés par les communautés. La CAMEG est chargée de lancer des appels d’offres pour avoir des propositions de plusieurs fabricants de génériques pour importer des produits de bonne qualité et moins chers qu’elle met à la disposition des populations, notamment celles rurales, à travers les dépôts. Les prix sont administrés par la Direction générale de la pharmacie. Ils sont fixés chaque année par l’Etat, à travers un arrêté conjoint des ministres de la Santé et du Commerce. Dans la moyenne, l’on constate une diminution progressive des prix ».

Le circuit privé « dans lequel il y a les génériques et les médicaments de spécialités relève, dit-il, des grossistes privés. Ce secteur a gardé un système fermé avec des marges bénéficiaires qui sont calées autour de 15%. Après obtention d’une autorisation de mise sur le marché, le grossiste privé importe donc les médicaments et applique sa marge en le rétrocédant aux pharmacies qui, à leur tour, appliquent leurs marges, de sorte que l’on connaît d’avance le prix auquel le médicament sera vendu à l’usager sur tout le territoire. Le grossiste privé peut donc importer les médicaments génériques chez le fabricant de son choix ou à la CAMEG. Les pharmacies également peuvent s’approvisionner en génériques à la CAMEG ».

Pour le Dr Compaoré, la preuve de la complémentarité est que lorsqu’il y a rupture d’un médicament donné à la CAMEG, il y a une ouverture qui permet aux formations sanitaires publiques de commander la molécule concernée chez les grossistes privés agréés. Il reconnaît qu’il y a des ruptures. « Mais tout est fait en sorte pour minimiser les ruptures ». Théoriquement, cette ouverture existe. Mais la réalité est tout autre.

Dans la pratique, il y a un sérieux problème dans la gestion des ruptures. Elle est même équivoque. L’impression qui se dégage, tant du côté des grossistes privés que chez certains responsables de dépôts, est que tout est fait pour qu’en cas de rupture d’un produit à la CAMEG, l’on ne puisse pas commander chez les privés. Les procédures sont telles qu’il est pratiquement impossible de passer une commande jusqu’à terme avant que la CAMEG renouvelle son stock. En effet, en cas de rupture d’un produit à la CAMEG, le dépôt ou la formation sanitaire qui en exprime le besoin, doit écrire au Médecin-chef de district sanitaire qui, à son tour saisit son Directeur régional pour demander l’autorisation de s’approvisionner chez les grossistes privés. Celui-ci transmet la requête au niveau central (le ministère) qui saisit la DGPML (Direction générale de la pharmacie, des médicaments et des laboratoires) pour vérifier l’effectivité de la rupture. Si cette rupture est effective, la formation ou le dépôt a autorisation de commander. Mais il faut d’abord obtenir au moins trois propositions d’offres concurrentielles et choisir la moins disante. Pour certains responsables de dépôts, cette procédure, du fait des lenteurs administratives, souvent provoquées intentionnellement, peut prendre plus d’un mois. « Et le plus souvent, elle n’aboutit pas, parce que la lenteur permet à la CAMEG de se réapprovisionner. Pour commander avec le privé, c’est un parcours du combattant, si bien que desfois, nous préférons attendre que le produit soit disponible à la CAMEG, parce que, lorsqu’on force pour commander avec les privés, il y a des représailles qui ne disent pas leur nom. On vous crée des difficultés administratives diverses », affirme l’un d’entre eux.

Des suspicions de « deals mafieux »

A ces procédures administratives très contraignantes, s’ajoute la question, non moins importante, des ristournes. En fait, estiment certains privés et responsables de dépôts, derrière le maintien du monopole, il y a un enjeu de gros sous. Les ristournes versées par la CAMEG appartiennent à la communauté des acteurs, c’est-à-dire qu’elles sont réparties entre les acteurs depuis le dépôt jusqu’au Directeur régional, alors qu’avec les grossistes privés, c’est directement pour la structure qui commande. Ils accusent même les ministres qui se sont succédé depuis 2000, de bénéficier de ristournes de la part de la CAMEG. Et pire, d’avoir bénéficié d’autres avantages indus. En tout cas, il pèse un lourd climat de suspicions sur certains ministres qui auraient trempé dans des « deals mafieux » avec la CAMEG.

« Faux et archi-faux ! », rétorque le DG de la CAMEG, Lazare Banssé. Au contraire, ce sont les privés qui sont dans cette dynamique. La CAMEG n’a pas besoin, dit-il, de dealer avec qui que ce soit. Elle est un instrument de la politique du ministère. « La CAMEG est un filet social qui a été mis en place par le gouvernement pour permettre à la majorité des Burkinabè d’avoir accès aux médicaments. Sur cette base, l’Etat a mis en place un dispositif fiscal permettant à la CAMEG de rendre le médicament disponible et le moins cher possible. S’attaquer à la CAMEG, c’est comme si, en France, on s’attaquait au système de sécurité sociale. Il n’y a pas de système de sécurité sociale au Burkina mais la CAMEG joue un peu ce rôle. Au lieu de rembourser les gens, on met à leur disposition des médicaments de qualité et moins chers pour soulager leurs problèmes de santé. Ce qui leur permet de gagner un pouvoir d’achat. Par exemple, des médicaments qui coûtaient 2000 FCFA avant, nous l’avons aujourd’hui à 200 FCFA grâce à la CAMEG. Et c’est une politique du gouvernement. Ce dispositif existe un peu partout : au Bénin, à Madagascar, au Togo et j’en passe ». Pour Lazare Banssé, les grossistes privés sont dans une logique commerciale alors que la CAMEG est dans le social. « Il s’agit ici des biens de santé.

Et tout pays a le droit de s’organiser de sorte que ces biens soient accessibles et disponibles pour ses populations. Il est vrai, et je le reconnais, les gens ne s’attendaient pas à ce qu’elle soit ce qu’elle est aujourd’hui, qu’elle soit organisée comme elle est et qu’elle arrive à dominer le marché. C’est atypique de voir une entreprise publique poser des problèmes à des entreprises privées, mais c’est une question d’organisation pour aller à la conquête du marché et c’est ce que nous avons fait », affirme-t-il. Et d’ajouter : « Le ministère permet de regrouper les commandes pour avoir des volumes permettant d’avoir des prix intéressants. Ce n’est pas une question de partage des marchés entre le public et le privé. Aujourd’hui, nous avons les prix les plus bas. Je vais vous faire une confidence. Si l’on fait des appels d’offres aujourd’hui, les prix de la CAMEG sont imbattables. Même quand les privés répondent à des appels d’offres, ils viennent prendre les produits chez nous parce qu’ils estiment que les prix sont tellement bas qu’ils n’ont pas besoin d’aller commander ailleurs. Moi, je le sais, mais ça ne me dérange pas à partir du moment où ce sont nos stocks qui sortent ».

Concernant la plainte des grossistes privés, M. Banssé est, on ne peut plus clair. « Je voudrais leur dire qu’ils se foutent le doigt dans l’œil. Même si on lève les mesures administratives, ce n’est pas évident qu’ils s’en sortent. Par contre, cela veut dire que c’est dans les deux sens. Ce qui signifie que nous aussi, on peut s’attaquer au marché du privé et vendre des médicaments de spécialités. Et je vous mets au défi que si nous nous lançons dans cette dynamique, ces sociétés privées disparaîtront en deux ans maximum. Et ils le savent. Je peux vous affirmer aujourd’hui que nous pouvons mettre sur le marché des médicaments de spécialités 30% moins chers que les prix pratiqués actuellement. Pourquoi nous ne le faisons pas ? Rien ne nous l’interdit. C’est une sorte de gentlemen agreement qui scindent le marché en deux, la CAMEG pour le public et les privés pour le privé. En tous les cas, nous attendons sereinement et ne sommes nullement inquiétés. La CAMEG est devenue une vraie machine qui emploie plus de 200 personnes sur l’ensemble de son réseau ».

« C’est de la cupidité ! »

Dr Bindi Ouoba, actuellement député à l’Assemblée nationale, n’est pas du même avis. « Je suis un professionnel de la santé et je refuse de personnaliser les débats. Avec le recul, je peux vous affirmer que le monopole n’a pas fait du bien à notre pays ». Il a suivi le processus de mise en œuvre de la CAMEG et a participé à l’étude sur sa restructuration. Il égrène une série d’arguments pour justifier sa décision de dénoncer le monopole et de revendiquer sa suppression.

« Premièrement, le monopole est en contradiction avec le principe même qui sous-tend l’initiative de Bamako. Selon ce principe, les formations sanitaires devraient bénéficier de la compétition de plusieurs fournisseurs pour avoir des prix moins chers. On s’est limité à la compétition extérieure (c’est-à-dire les fournisseurs extérieurs) et on a oublié la compétition intérieure. La CAMEG n’est pas la seule structure qui pouvait offrir des prix compétitifs aux formations sanitaires. Les privés peuvent aussi le faire et offrent l’opportunité aux formations sanitaires de bénéficier de la compétition des offres. Le monopole est une négation de l’initiative de Bamako.

Le deuxième aspect est lié à l’éthique et à la déontologie dans le domaine de la santé. En matière de santé, les bénéficiaires d’une prestation doivent avoir le libre choix de leurs prestataires. C’est valable aussi bien pour un patient que pour une formation sanitaire. Si vous êtes malade, vous devez avoir le droit de choisir votre soignant. De la même manière, lorsque celui-ci vous fait une prescription, il n’a pas le droit de vous dire d’aller dans telle pharmacie tout comme il ne peut pas vous envoyer à tel laboratoire s’il vous prescrit un examen. Le monopole entrave la liberté des formations sanitaires de se référer aux prestataires de leur choix.

Troisième aspect : en créant le monopole, on ferme l’accès des formations sanitaires et du public à d’autres prestations de services. Les gens pensent que la distribution pharmaceutique se limite à la simple gestion des stocks. Si tel était le cas, l’on n’a pas besoin de faire des études pharmaceutiques. Un bac G2 suffirait. La CAMEG fait de la gestion des stocks. Or, le médicament est un bien de santé qui est porteur de beaucoup d’aspects de la santé publique. Quel autre service la CAMEG offre ? Depuis qu’elle a été créée, elle n’a développé que deux slogans (« Générique et généreux » et « Même chose mais pas même prix »). Si elle n’était pas seule, elle aurait pu développer d’autres services pour aider la santé publique dans le domaine de l’épidémiologie ».

Une autre motivation des grossistes privés est que leur plainte, disent-ils, est une quête de justice. Ils refusent « que des avantages fiscaux, douaniers et administratifs soient accordés, en toute illégalité, à une association qui fait du commerce sans registre de commerce et leur livre une concurrence déloyale alors qu’ils paient des impôts et des taxes à l’importation » Par exemple, DPBF évalue à au moins 300 millions de FCFA par an, les taxes et impôts qu’elle paie à l’Etat burkinabè. « C’est une injustice d’autant plus que la CAMEG n’est pas la seule à pouvoir offrir des médicaments de qualité et à moindres coûts aux formations sanitaire ». Ils affirment que s’ils avaient les mêmes avantages fiscaux et douaniers, ils pouvaient faire bien mieux que la CAMEG. Ils « refusent qu’au nom de la cupidité, l’on mette en danger la santé des populations par un monopole injuste, illégal et inopérant ». Ils demandent à l’Etat de prendre ses responsabilités en ayant pour seule et unique préoccupation la santé des populations.

« Le monopole n’a pas de justification : ni juridique, ni sanitaire, ni éthique. Le monopole ne nous rapporte rien. C’est de la cupidité. Je voudrais mettre un bémol en ce qui concerne l’ouverture. Elle ne devrait pas aller dans le sens de casser le système mais d’apporter un plus. Dans le secteur privé, il n’y a pas que des anges. Ce n’est donc pas pour remplacer une cupidité par une autre. L’ouverture doit être réglementée pour assurer à la fois la sécurité et l’accès facile à des médicaments moins chers, et doit viser le malade exclusivement. D’où la nécessité d’une concertation entre tous les acteurs pour définir des bases saines, des règles et des meilleures conditions possibles de rendre les médicaments accessibles et à moindres coûts ». Parole de Dr Bindi Ouoba. Affaire à suivre.

Par Boureima OUEDRAOGO

Plus de 2 milliards de francs CFA de dettes de l’Etat vis-à-vis de la CAMEG


Plus de 2 milliards 378 millions de FCFA. C’est le montant des dettes cumulées des formations et districts sanitaires envers la CAMEG au 30 avril 2010. Les 12 centres hospitaliers universitaires et régionaux cumulent, à eux seuls, 1milliard 154 millions de FCFA, tandis que les arriérés de paiements des districts s’élèvent à 1 milliard 224 millions de FCFA.

Malgré ces dettes colossales, la CAMEG continue de livrer les médicaments aux formations sanitaires publiques. C’est la preuve de sa solidité financière actuellement, mais c’est peut-être aussi la rançon du monopole.

B.O

Le Reporter

 
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