TEMOIGNAGE D’UNE SEROPOSITIVE : « Ce qui me fait mal, c’est…» PDF Imprimer Envoyer
Mercredi, 26 Mai 2010 08:43
Christine KafandoLorsque mes yeux ont rencontré ceux de Christine Kafando ce 16 avril, je me suis souvenu de cette dame qui a posé publiquement avec le président du Faso, révélant ainsi à la face du monde qu’elle était séropositive. Mais aussi que l’espoir était permis si l’on faisait réellement de la lutte contre le Sida et la prise en charge des malades, une priorité.
 
Christine Kafando a créé l’Association Espoir pour demain qui s’occupe des enfants infectés et qui se bat, sans cesse, pour la prévention de la transmission mère-enfant. Près de 1000 personnes bénéficient actuellement des services de cette association. Grâce, en partie, au soutien du PNUD. Témoignage d’une femme qui croit en ce qu’elle fait.

Le Reporter : Pourquoi avez-vous décidé de créer cette association ?

Christine Kafando : D’abord parce que je suis une personne vivant avec le VIH. Je suis ma sérologie depuis 1996. Je me suis portée volontaire dans les services de santé pour recevoir les personnes nouvellement infectées afin de les aider à accepter leur sérologie comme moi. Et de vivre positivement ! Mais je me suis rendu compte qu’il n’y avait rien pour les enfants, notamment sur le plan médical et associatif. J’ai donc décidé de créer l’association afin qu’elle s’occupe uniquement des enfants et de la prévention de la transmission mère-enfant.

Ces enfants bénéficient-ils aujourd’hui de tous les soins dont ils ont besoin ?


Je suis très satisfaite aujourd’hui, parce qu’en 2003, j’ai perdu beaucoup d’enfants par manque de soins. Mais à l’heure actuelle, on arrive à sauver les enfants grâce au traitement. De plus, les parents des enfants infectés adhèrent à l’observance. Aujourd’hui, tout est gratuit pour les enfants : tant les examens biologiques que les antirétroviraux.

Vous dites être vous-même infectée. Comment arrivez-vous à surmonter toutes ces difficultés ?

Grâce à mon caractère. Je me suis fait une philosophie : que je sois infectée ou pas, je vais mourir. Tôt ou tard, je vais mourir. Même si on me dit que je n’ai pas le Sida et que je vais mourir demain, je fais ce que j’ai à faire et je meure. Je connais des gens qui ne sont pas du tout infectés mais qui sont morts avant moi. Le VIH n’est pas lié à la mort. Même quand on n’a pas le VIH, et que sur le plan psychologique, on n’est pas fort, par exemple, quand on a un simple paludisme, on peut mourir parce qu’on ne supporte pas sa maladie. C’est ce qui fait que je me suis accrochée. Je ne vais pas me laisser déstabiliser par une maladie, quelle qu’elle soit.

Qu’est-ce qui vous a particulièrement marqué dans votre vie de séropositive ?

Lorsque je faisais les consultations à l’hôpital avec les médecins, j’ai assisté à une scène… une femme séropositive… Non, là, vous allez me faire pleurer. (elle observe un bref silence, puis reprend son souffle). Elle était en train de mourir sous mes yeux parce qu’en son temps, il n’y avait pas de traitement. Elle applaudissait en mourant. Avez-vous déjà vu ça ? Quelqu’un qui applaudit et qui meurt ! Elle refusait de partir. Elle était essoufflée mais elle applaudissait. Elle criait « au secours ! ». J’ai appelé les médecins, mais c’était trop tard. Cette scène m’est restée dans la tête, indélébile. Jusqu’à présent, lorsque je dors et que je me réveille, si je pense à la lutte contre le Sida, je pense automatiquement à cette femme. Depuis lors, ses enfants sont avec moi.

Parlez-nous d’une autre scène qui vous a plutôt réconfortée…

C’est le cas d’une femme que j’ai récupérée et qui avait quatre CD4. C’est-à-dire que si jamais elle avait une petite toux, elle serait morte. Elle était enceinte de neuf mois. Tous les médecins avaient fait leur diagnostic et avaient estimé que ce n’était plus la peine de continuer. J’avais mon traitement à l’époque mais je ne pouvais pas le partager avec cette dame parce que ce n’était pas faisable ; mais j’ai décidé de le faire sans l’avis d’un médecin. Aujourd’hui, cette femme témoigne à visage découvert. Elle a eu deux autres enfants. Pour moi, c’est un motif de satisfaction.
 
Avez-vous, au fond du cœur, autre chose de particulier que vous souhaitez dire…

C’est ensemble que nous pouvons y arriver. Ce qui me fait mal en ce moment, c’est le fait que les examens biologiques pour les adultes sont toujours payants. De nombreux patients n’arrivent pas à y faire face. C’est d’ailleurs le reste de mon combat. Si nous arrivons à obtenir la gratuité des examens biologiques, je n’aurais plus rien à faire dans le domaine de la lutte contre le Sida.

Propos recueillis par Hervé D’AFRICK

Le Reporter
 
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