Dr. Carlos Brito spécialiste en charge du VIH/Sida à l’OOAS:Produire des ARV dans la région est un objectif réalisable PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 17 Novembre 2009 06:24

Dr. Carlos BritoL’Organisation ouest africaine de la santé (OOAS) a tenu, du 10 au 12 novembre 2009 à son siège à Bobo-Dioulasso, un atelier sur l’amélioration de l’accès aux Antirétroviraux (ARV) dans les pays de la Communauté économique des Etats de l’Afrique de l’Ouest (CEDEAO). La rencontre a permis aux experts venus des 15 pays membres de la communauté, de réfléchir à une riposte collective contre la pandémie.

A l’issue des travaux, le Dr. Carlos Brito, spécialiste de la maladie à l’OOAS, nous a entretenu sur les enjeux de l’harmonisation de la lutte contre le Sida dans l’espace CEDEAO.

Sidwaya (S.) : Quel est aujourd’hui l’état de la couverture des personnes vivant avec le VIH/Sida (PVVIH) en soins VIH/Sida dans l’espace CEDEAO ?

Dr Carlos Brito (C.B.) : Nous allons peut-être commencer par parler de la prévalence du VIH/Sida dans l’espace CEDEAO. Elle varie entre, un tout petit peu moins de 1% dans des pays comme le Sénégal et le Cap Vert, allant jusqu’à 4 % dans un pays comme la Côte d’Ivoire.

Cela, avec des variations régionales assez importantes, souvent dans un même pays. Avant de parler de la couverture des personnes vivant avec le VIH/Sida en soins, je dois dire que les pays de l’espace CEDEAO ensemble ou individuellement, ont fait ces dernières années, beaucoup d’efforts dans le cadre de la lutte contre le VIH/Sida. Ils ont bénéficié de soutiens très importants de la part de la communauté internationale et des partenaires pour cette lutte. Ces efforts ont abouti à des résultats très importants et on peut dire que pendant les deux dernières années par exemple, on assiste à une diminution du nombre de nouvelles infections et aussi une diminution de la mortalité. Cependant, l’espace abrite aujourd’hui environ 5 millions de personnes vivant avec le VIH et ceci constitue un problème majeur de santé et de développement avec 400 000 personnes sous traitement ARV. On a une couverture moyenne assez basse de 30%. Mais la couverture des interventions en matière de prévention de la transmission mère- enfant est en deçà de ce pourcentage de 30%.

S. : Le présent atelier a planché entre autres, sur l’amélioration de l’accès aux ARV. Quels sont les objectifs de prise en charge que l’OOAS cherche à atteindre ?

C.B. : De façon générale, l’Organisation ouest africaine de la santé considère qu’une riposte efficace doit être caractérisée par un renforcement de l’accès à des services de qualité en matière de prévention, traitement, soins et services d’appui à tout ce dont on a besoin. C’est la vision de la région par rapport aux interventions en matière de VIH/Sida. La mission de l’OOAS consiste globalement à harmoniser les procédures, encourager les échanges d’expériences entre les pays membres, mettre en commun les ressources afin de trouver d’une façon stratégique des solutions communes aux problèmes communs. L’atelier visait à trouver les points de convergence dans le cadre du traitement ARV et la prise en charge des personnes vivant avec le VIH/Sida dans l’espace CEDEAO. C’est çà l’objectif majeur. C’est vrai que l’atelier est un élément d’un processus entamé il y a peu de temps. Le processus a commencé avec une observation de la prise en charge des PVVIH dans l’espace CEDEAO en essayant de répondre à deux questions fondamentales : Qu’est-ce que les pays de la CEDEAO font aujourd’hui suivant les mêmes critères ? Qu’est-ce qu’ils font différemment ? De ces questions a émergé une autre : qu’est-ce que l’OOAS peut faire pour aider les pays sur les points de divergences à trouver des convergences. C’est cela l’enjeu de l’atelier.

S. : Dans le cadre de l’amélioration de l’accès au traitement, la CEDEAO a suggéré la dotation des budgets nationaux pour l’achat des ARV. Comment cette proposition a été perçue par les Etats membres ?

C.B. : Comme je le disais tantôt, les efforts nationaux sont importants pour répondre à ce problème de santé. L’engagement politique dans ce sens est évident. Cependant, les possibilités des Etats restent faibles par rapport aux besoins réels. Il y a également un engagement très important des partenaires dans la lutte contre le VIH/Sida. Lorsqu’on a plusieurs partenaires, il se pose la question de la coordination et du leadership. Il faut remarquer que le rôle joué par les Etats dans cette coordination est exprimé dans l’espace CEDEAO au plus haut niveau.

S. : Y-a-t-il actuellement un personnel sanitaire spécialisé dans la prise en charge des PVVIH et dans le traitement aux ARV dans les pays membres ?

C.B. : Cette question pose le problème des ressources humaines qualifiées dans notre région. C’est peut-être la préoccupation la plus importante des pays de la CEDEAO face aux problèmes de santé. Le déficit de cadres que nous avons est une barrière pour la mise à niveau et la décentralisation du traitement. Dans ce sens, l’atelier a fait une forte recommandation pour un travail en synergie de l’OOAS et les pays dans la formation du personnel de santé afin de permettre la délégation des tâches, surtout dans les structures les plus décentralisées en matière de prévention, traitement et de soins des PVVIH.

S. : Il y a une volonté communautaire manifeste visant à réduire les coûts des médicaments à travers la production locale des ARV, les achats groupés. Qu’en est-il de la mise en œuvre de ces ambitieux projets ?

C.B. : Ce sont effectivement des projets très ambitieux. Le problème de l’accès aux ARV est capital, car pour traiter les malades, il faut disposer des médicaments à un coût abordable. Nous évoquions tantôt une couverture de 30% des 5 millions de PVVIH dans la région. Une couverture de tous les malades suppose des infrastructures et des services capables et compétents et des remèdes. C’est dans ce sens que l’OOAS a initié, dans le cadre d’un partenariat public-privé, une aide aux industries locales à produire les ARV. Si nous arrivons à produire localement les ARV et à nous unir pour profiter des rendements d’échelle, les prix des produits seront sûrement plus abordables pour nos pays et pour la région. Mais, un problème de qualité se pose et l’OOAS y est très sensible. Nous ne voulons pas de produits de mauvaise qualité pour nos malades. C’est la raison pour laquelle, nous aidons nos industries non seulement à produire les médicaments, mais aussi à réunir toutes les conditions techniques de préqualification de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). Nous soutenons aussi les pays de la région à développer des capacités de contrôle de qualité de ces médicaments. C’est un programme assez large avec plusieurs axes d’intervention. Nous considérons que produire des médicaments dans la région, qui puissent être utilisés en première ligne dans le traitement du VIH, est un objectif réalisable. Par exemple, les médicaments que l’OOAS doit fournir au Togo et à la Gambie ce mois-ci (novembre 2009), sont produits au Ghana. C’est progressivement que nous y arriverons.

S. : En dehors de l’effort communautaire, comment appréciez-vous l’engagement des partenaires aux côtés de la CEDEAO pour l’amélioration de l’accès au traitement de la maladie ?

C.B. : L’un des objectifs de l’OOAS est de fédérer les efforts des partenaires. Dans ce cadre, nous travaillons de concert avec les organisations du système des Nations unies, l’OMS. Je vais donner trois exemples de cette collaboration. Pour l’étude sur l’harmonisation des prises en charge dans les pays, nous avons pris les références du guide de traitement élaboré par l’OMS. L’équipe inter-pays de l’OMS, basée à Ouagadougou, a été associée à ce projet. Nous avons aussi des projets d’intervention avec l’ONUSIDA avec laquelle nous travaillons à élaborer un plan stratégique de lutte contre la maladie. Ce sera un instrument de plaidoyer pour la mobilisation des ressources. Nous sommes aussi en partenariat avec un projet financé par l’USAID. Je n’oublie pas les autres organisations internationales, car leur mobilisation est très importante, que ce soit avec les organismes nationaux ou sous-régionaux comme l’OOAS.

S. : Quels sont les avantages d’une harmonisation de la prise en charge des PVVIH pour les malades de l’espace CEDEAO ?


C.B. : Je vais répondre à cette question par des exemples très pratiques. Nous partageons un espace commun que nous voudrions que ce soit un espace de citoyens. Si les références des traitements ne sont pas les mêmes, on risque de poser des problèmes aux gens qui bougent d’un pays à l’autre.
Si on prend par exemple ceux qui empruntent le corridor qui part d’Abidjan à Lagos, ou encore les populations vivant dans les zones frontalières et à cheval entre deux pays, l’harmonisation des traitements est fondamentale pour celles-ci. Si je pars de Bobo-Dioulasso à Bamako et on me propose là-bas un autre traitement, cela pose la question de la continuité du traitement. Les achats groupés représentent un autre enjeu non moins important lié à l’harmonisation des procédures. Si je traite avec un médicament et mon voisin, un autre, on ne peut pas acheter ensemble. Alors que l’achat groupé est une condition pour avoir un meilleur prix. Même si la production n’est pas locale, même si nous devons acheter ailleurs, acheter une grande quantité de produits est avantageux du point de vue des prix. La qualité du traitement et le faible coût des médicaments sont des arguments assez forts qui nous poussent vers l’harmonisation des procédures.

S. : A quoi conditionnez-vous la réussite du présent atelier sur l’amélioration de l’accès aux ARV ?


C.B. : L’atelier est une étape d’un processus. Nous avons ressorti les divergences et discuté des possibilités de convergence. En termes de proposition de travail pour 2010, nous avons posé la question aux 15 pays représentés aux travaux : Quels appuis attendez-vous de l’OOAS sur les points de convergences ? L’OOAS peut-elle vous soutenir pour aller vers cette convergence ? Les participants ont formulé des propositions d’intervention de l’Organisation dans les pays. Il s’agit de la formation pour la délégation des tâches, de l’appui aux pays pour la maintenance des équipements, faire une cartographie des centres de référence dans la région et les partager de façon à ce que les uns puissent bénéficier de ce que les autres sont capables de leur apporter.
La 4e proposition d’intervention est la mise en œuvre du guide de traitement publié par l’OMS. Ces 4 axes de travail doivent être menés pendant l’année 2010 entre l’OOAS et les pays membres. En novembre prochain (2010), on sera là pour voir si ces objectifs se sont concrétisés. Si on les réalise, nous dirons que l’atelier a réussi.

Entretien réalisé par Mahamadi TIEGNA

Sidwaya

 
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