Conférence publique du bureau national de l’association des dialysés et insuffisants rénaux (ABUDIR) PDF Imprimer Envoyer
Mardi, 17 Juin 2008 12:27

Insuffisance rénale. Deux mots synonymes de « maladie silencieuse et dévorante », dont souffrent de nombreuses personnes. Et pour ne rien arranger, la prise en charge de cette pathologie liée à un dysfonctionnement grave des reins est très coûteuse pour des patients souvent impécunieux d’un pays pauvre très endetté comme le Burkina. Face à un tel constat, des malades ont créé une association pour sensibiliser autour d’eux dans un but préventif et pour interpeller les autorités politiques afin de faciliter leur traitement en mettant en place les équipements nécessaires et en rendant disponibles de façon pérenne et à moindre coût les consommables médicaux indispensables.

 Le samedi 14 juin 2008, le bureau national de l’Association des dialysés et insuffisants rénaux (ABUDIR) a ainsi organisé, au CENASA à Ouagadougou, une conférence publique sur le sujet, animée par le Dr Gerard Coulibaly du service de néphrologie et hémodialyse de l’hôpital Yalgado-Ouédraogo.

Les reins sont deux organes en forme de haricot situés dans la partie postérieure de l’abdomen, de part et d’autre de la colonne vertébrale, approximativement entre la douzième vertèbre dorsale et la troisième vertèbre lombaire.

Ils jouent un rôle « d’usine de nettoyage et d’épuration du sang, qui contient des toxines résultant de l’alimentation ». Autrement, le sang qui circule dans le rein libère les déchets solubles et le liquide qui en résulte, l’urine, passe ensuite dans l’uretère pour séjourner dans la vessie en attendant d’être évacué lors de la miction.

Près de 150 000 F CFA par semaine pour rester en vie

Comme tout organe, il peut être endommagé pour plusieurs raisons, entraînant ainsi des maladies. On parle alors d’insuffisance rénale. D’un point de vue pratique, le Dr Goulé Marc Tiéba, responsable de la clinique Saint-Marc, sise aux 1200 logements à Ouagadougou, urologue-andrologue, donc spécialiste des maladies du rein, des voies urinaires et de tous les problèmes liés à la sexualité masculine, distingue trois cas d’insuffisance rénale :

- l’insuffisance rénale aiguë ou chronique ;

- l’insuffisance rénale avec obstacle sur les voies urinaires ;

- la maladie des cellules rénales elles-mêmes.

D.P. est militaire de profession et exerce à l’intérieur du pays. Au début de l’année 1998, le moindre exercice physique qu’il faisait entraînait des douleurs aux pieds. Après un traitement de trois mois, son médecin l’a évacué à Ouagadougou, à l’hôpital Yalgado, où le Pr Drabo, après un diagnostic, a trouvé qu’il souffrait d’insuffisance rénale.

Il le confia alors au Pr Lingani, qui tenta de récupérer son rein, en vain. Finalement, la solution consistait à le mettre sous dialyse. Résidant à Pô, il lui fallait obligatoirement rejoindre la capitale pour honorer ses rendez-vous hebdomadaires de soins.

« Au départ, explique-t-il, c’était un problème d’hypertension artérielle qui a eu des conséquences sur le rein. Et depuis, ma vie est perturbée sur les plans familial et professionnel. Je ne peux plus faire le sport comme avant, mes voyages sont réduits et je ne peux faire une semaine sans la dialyse, qui coûte 71 785 FCFA par séance ».

Mais qu’est-ce que la dialyse au juste ? Dr Goulé Marc Tiéba : "C’est un ensemble d’équipement qui permet de passer le sang d’un patient dans un appareil chargé de normaliser sa composition autant que possible.

En clair, c’est une technique artificielle de la fonction rénale, qui permet d’enlever du sang les substances toxiques et de compléter celles qui font défaut". La dialyse est indolore. "En dehors des injections, on ne ressent pas de douleur. Seulement, il faut rester couché pendant 4 heures de temps. C’est fatiguant", indiquent des dialysés.

Le drame de l’insuffisance rénale, c’est qu’elle est silencieuse. La plupart des malades la découvrent sur le tard. Casimir Kaboré ne dira pas le contraire. Directeur de l’école de Kodéré (Tanghin-Dassouri, dans le Kadiogo), il a passé des années à hanter les centres médicaux sans que le mal qui le rongeait soit diagnostiqué avec précision. "Tout a commencé en 1996. J’avais régulièrement des nausées, une fatigue générale et je perdais de temps à autre la mémoire. C’est au bout de 8 ans, quand mon état était devenu criard, qu’un médecin m’a signifié dans une clinique q’il s’agissait d’une insuffisance rénale".

En règle générale, les symptômes sont les suivants, selon le conférencier du samedi 14 juin, le Dr Gérard Coulibaly :

manque d’appétit, nausées ou vomissements ; gonflement indolore des membres inférieurs ou du ventre ; trouble de la mémoire, fatigue, crampes ; maux de tête, flou visuel ; toux ; gêne respiratoire ; saignement, grattage, amaigrissement.

Les principales causes

A l’examen, indique-t-il, le médecin peut trouver des œdèmes ; une tension élevée (hypertension artérielle) ; des signes d’anémie (manque de sang) et des signes d’atteinte cardiaque. Des examens de sang peuvent permettre de confirmer le diagnostic en vérifiant le taux de créatinine, d’hémoglobine, de potassium et de calcium.

Dans tous les cas, le Dr Tièba conseille d’aller en consultation dès qu’on a une mauvaise miction "Normalement on doit pisser de façon régulière, facile et sans effort ; dans la journée, 3 ou 4 fois et la nuit 1 ou 2 fois ; pas plus. Lorsqu’il y a une modification à ce niveau ; il ne faut pas hésiter à consulter un spécialiste".

Les causes de l’insuffisance rénale sont nombreuses. Le docteur Coulibaly en distingue les principales suivantes :

- les maladies du cœur et des artères ;

- le diabète, l’obésité ;

- les infections (bactériennes, virales, parasitaires) ;

- l’infection à VIH ;

- les calculs et les obstacles dans les voies urinaires ;

- les causes héréditaires.

Lorsqu’il s’agit d’une obstruction des voies urinaires, le traitement est facile, mais il est décevant lorsqu’on est confronté à un cas lié à l’hérédité. « Quand le mal est lié à la cellule rénale elle-même, ce qu’on appelle les néphropathites, qui peuvent être héréditaires, il est difficile de rétablir la fonction rénale », indique le patron de la clinique Saint-Marc.

La dialyse reste la seule voie de recours lorsque l’insuffisance rénale atteint un stade avancé. Malheureusement, ce traitement coûte cher du fait du coût très élevé de l’équipement technique et des consommables (eau ultrapure, rein artificiel, matériel à usage unique, etc.) : 71 785 FCFA par dialyse sans les frais d’examens de sang connexes. Avant d’être inscrit sur la liste des dialysés, il faut d’ailleurs payer à l’hôpital la somme de 700 000 FCFA, soit l’équivalent de dix séances.

La santé, dit-on, n’a pas de prix, mais elle a, hélas, un coût, parfois exorbitant, qui éreinte, sans jeu de mots, les patients. Casimir Kaboré fait la dialyse deux fois par semaine depuis 4 ans. Si l’on s’amuse à faire un petit calcul (52 semaines x 2 x4 ans x 2 fois x 71 785 FCFA), on obtient, sauf erreur, la bagatelle de 29 862 560 FCFA. Pour un instituteur, c’est une fortune.

Ils sont de ce fait nombreux, les malades sous dialyse à être confrontés à ce défi financier pour la survie. « Si l’on doit s’occuper de sa famille, surtout dans ce contexte de vie chère, et être contraint de débourser 143 570 FCFA par semaine, soit le salaire d’un cadre de la fonction publique burkinabé, la vie finit par être dégoûtante », lâche un patient au bord du découragement.

A les écouter, on sent cependant en eux des hommes et des femmes déterminés à se battre contre une mort certaine pour peu qu’ils ne bénéficient pas de dialyse, faute d’argent. Et pourtant, ils manquent énormément de moyen à beaucoup d’entre eux, qui avouent qu’ils doivent des millions à l’hôpital Yalgado-Ouédraogo.

C’est pourquoi l’Association des dialysés et insuffisants rénaux (ABUDIR), dans ses objectifs, a inscrit en bonne place un plaidoyer en direction des autorités pour l’installation et la décentralisation d’équipements adéquats et la dotation permanente de consommables afin d’éviter qu’en plus du coût élevé les malades soient obligés de parcourir de longues distances pour être confrontés à une rupture de produits.

Si l’hôpital Souro-Sanon de Bobo-Dioulasso avait un centre de dialyse, Assita Fofana, célibataire sans enfant, ne serait pas obligée, elle, de vivre à Ouagadougou. Commerçante de son état, elle a eu des œdèmes au cours d’un de ses voyages sur Bamako pour des achats de marchandises.

De retour à Sya, le médecin traitant lui signifia qu’elle souffrait d’insuffisance rénale. Et depuis 2005, elle est sous dialyse 2 fois par semaine. Ne pouvant pas emprunter l’axe Bobo-Ouaga pour son traitement à tout moment, elle a finalement délocalisé son activité commerciale dans la capitale, chose qui a rogné énormément son chiffre d’affaires.

Gérard Ouédraogo, élève, lui, vivait avec son frère instituteur à Ouahigouya, qu’il a dû quitter pour s’installer chez un autre à Ouaga afin de suivre son traitement en néphro à Yalgado. C’est donc un véritable parcours du combattant que les uns et les autres ont fait avant de découvrir leur insuffisance rénale. Et depuis, c’est toujours la croix et la bannière pour se soigner, sans qu’ils sachent véritablement quand ce calvaire prendra fin. Pour éviter cette maladie, le docteur Couldiaty conseille les mesures générales suivantes :

une bonne hygiène de vie pour éviter les infections ; avoir une alimentation saine ; se protéger contre le froid ; lutter contre l’automédication surtout par les médicaments de la rue ; faire attention à certains produits traditionnels, qui peuvent avoir des effets sur le rein.

Adama Ouédraogo Damiss

L’Observateur

 
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